Au loin

À admirer la ces tours, je suis dévêtu, me préparant à aller prendre mon bain. Je regarde ces tours et je me dis: si à cet instant quelqu’un regardait dans cette direction avec un télescope, il me verrait nu.

Tu vois je regarde ces tours au loin et je me dis; là-bas dans ce paysage il y a des gens qui vivent, d’autres gens et tu vois, c’est ce qu’on oublie de faire, c’est d’oublier de se souvenir qu’il y a des gens qui vivent, l’autre côté de chez nous à des kilomètres, parfois à des mètres. On oublie, on est dans nos appartements, on oublie que le reste du monde existe. On oublie qu’il y a des gens là-bas. C’est assez trouble en y pensant, car personne ne regarde jamais, tous concentré sur leurs petits nombrils.  Ils ne regardent pas au loin, une vie qui se perd, une vie qui commence, une vie qui s’achève, toujours plus loin, toujours plus seul, enfermer on oublie qu’au loin il y a des humains qui existent, qu’au loin il y a des âmes pleurent, des âmes qui rient, des âmes qui veulent exister, des âmes qui ne veulent plus que mourir.

De partout, il faut aller à la découverte de ces gens, parce qu’ils ont tous quelques choses à dire; et pourquoi on oublie de leur demander ? Pourquoi ? Je ne sais pas, mais peut-être vous avez-vous les réponses. Nous sommes des égoïstes, il y a tellement de gens sur cette putain de planète, des milliards et pourtant quand est-ce qu’on fait la conversation à quelqu’un qu’on croise dans la rue. On a peur de passer pour ridicule, de passer pour un idiot, on ne le fait pas, on se dit: cette personne ne nous connaît pas, si je lui demande elle va me prendre pour un fou. Alors, du coup on reste dans nos merdes, on reste tout seul. Là-bas la lumière qui s’illumine au loin, cette petite lumière, c’est une personne qui vit et j’aimerais bien la connaître.

Jack Asmo Tous Droits Réservés

Une seconde dans la solitude

[ *Tiré d'un enregistrement datant de 2012]

Une seconde c’est long et ça s’étire
Une seconde pour vous ce n’est rien, pour moi c’est une éternité
Une seconde, qu’est-ce que c’est dans ce monde qui va
Presque rien, ce n’est qu’un tic,  tic, tic
Pour moi c’est un coup de massue, boum, boum, boum
À la longue une seconde devient une souffrance
À la longue ça perturbe toute ma concentration
À la longue ça déchire mon âme
Éparpiller en milles morceaux, briser
Le seul moyen de l’apaiser serait de me distraire
Mais où êtes-vous
Vous n’êtes pas là
Je suis maudit en mon être
Où êtes-vous, je ne vous vois pas
C’est parce que vous n’avez aucun désire d’être là
Que vous n’y êtes pas
Ça n’a rien à voir avec la possibilité de
Ce n’est qu’une distance
Et la distance elle c’est futile
C’est que du temps, c’est que des tic-tacs

Jack Asmo Tous Droits Réservés

Ages

Les gens comme moi ne vivent pas pour avoir des cheveux blancs. La vie ou notre main finira par nous tuer. De toute façon, de moi à vous, vue comment vous traitez vos ainés, qui a véritablement envie de vieillir ? Vous croyez que lorsque vous y serez, se sera mieux ?

Ne vous y trompez pas, si je souhaite partir avant mon heure, ce n’est pas qu’à cause du traitement réservé; non, mais aussi car je suis épuisé de vivre, surtout à vos côté. J’en ai marre de ses questionnements constants qui me taraude. J’en ai plus qu’assez de chercher réponses pour vous, alors que pour vous cela vous indiffère.

Facile blâmer les autres encore une fois, pour tout ce mal de vivre. Au fond je voudrais la vie plus facile, qu’elle lui est possible de l’être.

Je lui demande l’impossible et je m’accorde que très peu de chance. Bien que je fasse tout ce qu’il faut pour revenir à ce monde; je n’y trouve pas de place pour moi, malgré tout.

Mais bon, que ce soi vous ou moi, nous finirons tous au même endroit.

Jack Asmo Tous Droits Réservés

Tempo

Ils disaient que l’on ne pouvait pas capturer le temps et pourtant, un jour ma vie s’est arrêtée, je ne fonctionnais plus sur un palier normal de l’existence.

Certes j’ai pris de l’âge, mais le temps ne passait plus normalement, pour moi. C’était comme-ci je le tenais dans mes mains et qu’étant trop près de lui, il s’écoulait alors beaucoup plus lentement.

On a la chance de bien le sentir ainsi. De ressentir encore plus sa douleur et celle du quotidien de la vie. Oui, à avoir trop de moments de réflexion, on n’en ressort jamais gagnant.

C’est de la sorte que j’eus beaucoup trop réfléchie l’humain et que je me suis vue, avec toute la laideur de l’être dans ce miroir. Constater que je suis aussi cet homme.

Bien sûr qu’à l’époque il n’y avait plus de nous, mais que du « vous », nous n’habitions plus le même univers, mais sachez que je ne me suis jamais exclu de toutes mes affirmations.

Tous ces reproches faits, sont aussi miens; car je suis aussi vous.

Jack Asmo Tous Droits Réservés

Ô web

Pouvez-vous croire que moi, un être de raison, ai déjà, dans un passé semblant lointain à présent, cru que le « web » le sauverai ?

M’extirperais du confinement de mon état. Sot je fus bien, car ce lieu en réalité fait tout le contraire, t’entraînant de plus en plus profond, t’emprisonnant encore plus que n’importe quelle phobie.

C’est ça la réalité d’un être qui découvre un univers, semblant exutoire, permettant de communiquer de nouveau avec d’autres humains. Après des années d’isolement, de perte de soi et de capacité moteur, atrophié à force de ne pas servir.

En ayant accès soudainement à ce lieu, je me suis véritablement cru sauver. Mais c’était alors sans en connaître tous les travers.

C’est un lieu grand, empli de possibilité certes, d’individus; mais ces gens ont l’anonymat, permettant tous les excès et les méchancetés. Je ne pleure pas sur ce fait, je m’y suis habitué, mais le temps de la transition, j’ai beaucoup souffert.

Encore et toujours plus de douleurs muettes, brûlant le moi jusqu’à la moelle, ne laissant pas grand-chose au final.

J’étais un con parmi tant d’autres.

Jack Asmo Tous Droits Réservés